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jeudi, 22 avril 2021

Révélation de M. Moctar Fofana, Président de l’interprofession de la filière mangue… « Plus de 4 000 000 de Maliens vivent de la commercialisation de la mangue»

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Considérée comme étant le fruit local le mieux commercialisé hors des frontières maliennes, la mangue malienne fait, aujourd’hui, vivre plus de 4 millions de Maliens. Dans cette interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder, le président de l’Interprofession de la filière mangue, Moctar Fofana, explique comment la commercialisation de la mangue contribue au renforcement de la résilience des populations rurales au Mali. Dans cet entretien, il évoque aussi les difficultés auxquelles est confronté ce sous-secteur vital de l’économie malienne. Lisez !  

Investir : Bonjour monsieur, présentez-vous à nos lecteurs

Moctar Fofana : Je m’appelle Moctar Fofana. J’assure la présidence de l’Interprofession de la filière mangue du Mali (IFM). Je suis aussi producteur et exportateur de la mangue au Mali.

 Comment se porte l’Interprofession de la filière Mangue au Mali ?

L’Interprofession se porte bien et évolue. On arrive à tenir.

 Nous savons que l’année 2020 avec ses multiples crises sanitaire et politique a été éprouvante pour tous les secteurs de l’économie malienne. Comment la filière mangue a vécu ces crises ?

Cette crise est pratiquement mondiale. Elle a touché tous les pays. Les pays développés et les moins développés. Dans un contexte difficile, l’Interprofession arrive à tenir le coup. La crise a frappé les secteurs du développement. Au niveau de la commercialisation et la transformation de la mangue, nous avons eu des difficultés énormes. Ces difficultés n’ont pas permis de travailler comme il faut dans les meilleures conditions avec la fermeture des frontières et le couvre-feu. Elles ont entravé les activités de la commercialisation et de la transformation de la mangue au Mali. La crise a été fatale pour nous en ce sens que nous avons perdu des productions au niveau des champs. Nous avons perdu de la productivité au niveau de nos centres de conditionnement et de transformation.

 Quelle est la place réservée à la mangue comparativement au coton ?

La mangue est un produit développé par les acteurs qui, en un moment donné, a eu l’appui de l’Etat. La mangue et le coton se complètent parce que c’est avec l’argent de la mangue que les producteurs arrivent à bien se préparer pour faire la production du coton. L’argent de la mangue permet aux producteurs de survivre en attendant les revenus du coton. Il leur permet de mener des activités maraichères, de production de coton et autres. Ça leur permet aussi de faire, par la suite, la production de la pomme de terre. La mangue est un levier qui permet de multiplier les ressources des producteurs.

 Depuis la création de l’IFM, qu’est-ce qui a changé dans la valorisation de la mangue au Mali ? 

Depuis que l’IFM a été créée, il faut noter une forte organisation avec  la qualité de la mangue sur le marché national, sous-régional et international comme le Maghreb et L’Iran. Donc l’IFM a permis de faire connaître cette filière-là auprès de nos autorités administratives et politiques. C’est dire que l’IFM a permis le développement de la filière non seulement au bénéfice des acteurs mais également à celui de l’Etat malien. Ça contribue fortement à l’Economie malienne.

Quels sont les pays où la mangue malienne est commercialisée ?

La mangue malienne est commercialisée au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Niger, au Maroc, en Algérie et dans les pays européens comme la France, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne etc.

 Qu’est-ce qui fait la différence entre la mangue malienne et celle des autres pays ?

Nous avons une fenêtre qui permet d’aller sur les marchés européens au moment où la mangue des autres pays n’y est pas représentée. C’est un aspect important pour nous. Le deuxième aspect est que la mangue malienne est bonne. Elle a un goût spécial parce que nous bénéficions du soleil et d’autres avantages naturels. Ce goût-là plaît beaucoup aux consommateurs européens et nationaux. C’est une mangue qui est naturellement de qualité exceptionnelle.

 Quel est le circuit de commercialisation de la mangue malienne ?

Le circuit est bien organisé. Pour vendre la mangue sur le marché international, il faut répondre à certaines exigences. Il y a des exigences phytosanitaires, les référentielles qualités comme le certificat. Il faut être organisé  et bien structuré et avoir un personnel qui répond à ses activités. Il faut aussi avoir des infrastructures appropriées pour mieux stocker le produit afin de garder la meilleure qualité. L’Etat n’intervient pas directement mais il appuie les acteurs surtout au niveau phytosanitaire.

 Malgré la valeur attachée à la mangue malienne à l’étranger, le constat sur le terrain est triste quand au conditionnement de ce fruit. Des centaines de milliers de tonnes de mangue pourrissent toujours dans les mangueraies au Mali. C’est du gâchis !  Qu’est ce que vous avez fait pour arrêter cela ?

Il faut savoir d’abord que les acteurs font ce qu’ils peuvent.  Mais, nous pouvons faire mieux pour arrêter ce gaspillage avec un financement approprié. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. Il y a eu un renforcement de capacité des acteurs à travers des formations. Mais aujourd’hui, nous avons un problème d’infrastructures appropriées pour assurer le conditionnement et le transport des produits. Nous sommes dans un pays continental avec des voies aériennes qui coûtent excessivement chères. Au-delà, nous sommes confrontés à des difficultés de stockage et de transformation sur place. Ce sont les moyens financiers qui font défaut. Nous avons le produit et des marchés, mais les moyens nous manquent.

 Aujourd’hui, des maisons poussent de plus en plus dans les champs de mangue au Mali. Qu’est-ce que vous prévoyez comme remède à tout cela ?

Cela fait bientôt neuf ans que j’attire l’attention de l’opinion sur cette question. Aujourd’hui, nous assistons, écœurés, à de violentes agressions contre les mangueraies dans nos villages. Ces mangueraies, achetées pour la plupart par des richards de Bamako, cèdent, de plus en plus, la place à des villas. Nous avons plusieurs alerté nos autorités compétentes sur cette situation mais malgré tout, le phénomène persiste. Toutefois, sans l’accompagnement de l’Etat, nous avons tenté de sécuriser nos vergers qui se trouvent aux alentours des grandes villes et même ceux des villages sont aussi de plus en plus touchés. Des acteurs ont été formés dans ce sens, mais ce n’est pas suffisant. C’est dire que nous continuerons à faire la pression sur l’Etat pour mieux sécuriser ces mangueraies qui disparaissent de plus en plus. On ne peut pas et on ne doit pas se permettre de tuer la filière mangue du Mali. C’est un secteur qui injecte chaque année des milliards dans l’économie malienne.   

 Quelles sont vos principales revendications ?

Nous demandons à l’Etat l’enregistrement rapide de l’IFM qui a été reconnue d’utilité publique par lui. Mais jusque-là, l’arrêté d’enregistrement n’a pas été signé. Nous demandons aussi à l’Etat de sécuriser notre profession par des lois et des textes pour garantir nos marchés, nos zones de production et des emplois. Je signale au passage que la filière mangue au Mali emploie plus de 40 000 personnes de façon directe, plus de 100 000 personnes indirectement et approximativement plus de 4 000 000 de Maliens. C’est un secteur important de l’économie malienne qui mérite d’être soutenu.

L’Etat doit appuyer le développement de la filière. Il a ce devoir de réglementer et de sécuriser la filière. Nous avons demandé à l’Etat de renforcer les capacités de nos infrastructures de conditionnement et de transformation. Nous avons demandé à l’Etat de nous accompagner auprès des institutions financières afin qu’on ait de l’argent pour mener nos activités en toute quiétude et dans les meilleures conditions. Aujourd’hui, nous rêvons de pouvoir transformer en grande quantité la mangue malienne sur place.

Votre appel à l’endroit des producteurs ?

Les producteurs sont à la base de tout.  Je leur demande d’appliquer correctement les bonnes pratiques de conditionnement pour que nous puissions continuer à avoir un produit en quantité et en qualité. Je les incite à sauvegarder par tous les moyens leurs parcelles de production.

Réalisée par Youssouf Z KEITA

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