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jeudi, 28 octobre 2021

Impact de la Covid-19 sur l’économie malienne : La chute du PIB correspond à une perte de 490 milliards de FCFA

Dans un rapport dénommé « analyse rapide des nations unies sur les impacts socio-économiques du Covid-19 au Mali », les Nations Unies,  à travers le PNUD et l’UNICEF en étroite collaboration avec toutes les agences des Nations Unies, fait le point de l’impact de la crise du COVID-19  sur l’économie au Mali. L’analyse s’est intéressée à deux aspects essentiels. A savoir : l’impact sur l’économie en général, avec un accent particulier sur les aspects macro-économiques, la gestion des finances publiques, et l’emploi et les moyens de subsistance; l’impact sur le développement du capital humain, notamment sur la santé, la nutrition et la sécurité alimentaire, l’éducation et la protection sociale. La résilience et le genre sont inclus de façon transversale. Ce rapport met aussi l’accent sur le capital humain, en raison de son importance pour le développement du pays, et de sa vulnérabilité face à la crise sanitaire et économique actuelle.

Cette étude rapide est fondée sur la revue de nombreux rapports nationaux, régionaux et internationaux, ainsi que sur des entretiens avec des acteurs clés au sein du système des Nations Unies, Gouvernement, patronat, et des jeunes.  Les statistiques nationales utilisées viennent principalement de l’Institut National de la Statistique(INSTAT). Des observations indépendantes faites sur le terrain par les Nations Unie sont aussi été utilisées.

Afin d’évaluer la perception des jeunes sur le COVID-19 et son impact, une enquête à laquelle plus de 1 600jeunes ont répondu a été réalisée à l’aide de la plateforme U-Report.

Dans la mesure du possible, toutes les sources d’information sont été référencées à l’aide de liens internet pour faciliter l’accès des lecteurs aux sources d’informations utilisées pour l’analyse.

Selon le rapport, l’impact économique du COVID est désastreux pour le Mali avec une croissance très en baisse attendue en 2020. La croissance économique pour 2020 va chuter de 5% à 0,9% (FMI, Staff Report May 2020). Cela signifie que la croissance annuelle tombera bien en dessous du taux de croissance moyen de la population nationale de 3%, ce qui poussera encore plus de Maliens dans la pauvreté.

On peut lire dans le rapport, cette chute de la croissance va augmenter le taux de pauvreté de 2,7%, ce qui correspond à presque 800 000 nouveaux pauvres. Le montant de la chute du PIB nominal projeté après deux mois de crise correspond à ce qui aurait été nécessaire pour éradiquer la pauvreté au Mali.

Une chute du PIB équivalent à ce que le Gouvernement estime comme l’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la pauvreté

En terme nominal, la chute du PIB correspond à une perte de 490 milliards de F CFA (PIB nominal 10 917 milliards pré-crise versus une nouvelle estimation du PIB post-crise 10427milliards). Ce montant est équivalent à ce que le Gouvernement estime comme l’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la pauvreté, mesuré par sa profondeur, c’est-à-dire le déficit collectif moyen des dépenses des pauvres par rapport au seuil de pauvreté pour l’ensemble de la population. En 2018, ce montant était estimé à 480,9 milliards de FCFA.

Selon le rapport, la combinaison de plusieurs facteurs affecte, aujourd’hui, l’activité économique du Mali tels que :  la perturbation des échanges et des chaînes de valeur affecte les exportateurs de produits de base et les importations; la réduction des flux de financement étranger (baisse des investissements directs étrangers, aide étrangère, envois de fonds des migrants, revenus du tourisme); l’impact sanitaire direct de la propagation du virus (le nombre de personnes infectées et le nombre de décès) ; et les perturbations causées par les mesures de confinement et d’atténuation imposées par le gouvernement et la réponse des citoyens(voir encadré page suivante).

 

Ces facteurs ont un impact direct sur : les finances publiques ; le commerce international ; les transferts des migrants ; et l’emploi et les moyens de subsistances des ménages.

 

Finances publiques

Le 27 avril, les chefs d’État de l’UEMOA ont adopté une déclaration suspendant temporairement l’application du Pacte de l’Union pour la convergence, la stabilité, la croissance et la solidarité entre ses pays membres, explique le rapport.

Cette suspension permet aux pays membres d’augmenter temporairement leur déficit budgétaire global et d’accéder à un soutien extérieur supplémentaire de la part des donateurs en réponse à la crise du COVID-19.

Sur les cinq critères de convergence de l’UEMOA, le Mali ne respectera plus que 2 critères: le taux d’inflation annuel (inférieur à 3%) ; et le ratio de l’encours de la dette publique rapporté au PIB (inférieur à 70%).

Selon les Nations Unies, la situation par rapport aux trois autres critères va se dégrader : le ratio du solde budgétaire global, dons inclus, va chuter de -3% à-6,2% du PIB (critère UEMOA : supérieur ou égal à -3%), le ratio de lamasse salariale sur recettes fiscales va augmenter de 37% à 47% (critère UEMOA: ne pas excéder 35%), le taux de pression fiscale va chuter de 15,5% à 13,3% (critère UEMOA: supérieur ou égal à 20%).

Taux de pression fiscale : un manque à gagner de 305milliards de FCFA

« La contraction économique représente une lourde perte de revenus pour l’Etat, ce qui retardera encore plus les progrès vers les Objectifs de Développement Durable. Bien que le taux de pression fiscale au Mali soit encore loin d’atteindre l’objectif de 20% du PIB fixé par l’UEMOA, le Mali était sur une tendance positive encourageante avec un taux de pression fiscale passant de 11,9% en 2018 à 14,7% en 2019. Une nouvelle amélioration à 15,5% était attendue en 2020 (équivalent à 1 694 milliards de FCFA). Avec la baisse de l’activité économique et les mesures d’allègement et d’exonération fiscales, le taux de pression fiscale est désormais estimé à 13,3%(équivalent à 1 389 milliards de FCFA, soit un manque à gagner de 305milliards de FCFA). A ceci s’ajoutent des recettes non fiscales qui devraient également baisser, passant de 1,3% du PIB à 0,8% du PIB, engendrant une autre perte estimée à plus de 50 milliards de FCFA. Au total, la perte de recettes fiscales et non fiscales correspond à 2,7% du PIB », indique le rapport.

Augmentation de la dette pour les générations futures

Selon le rapport, la suspension du paiement de la dette accordée par le G20 au Mali se traduit par une liquidité supplémentaire estimée à10 millions de dollars américains pour les 6 prochains mois (avril-septembre 2020). Cette mesure a donc eu un impact positif immédiat sur les liquidités disponibles pour le gouvernement pour faire face à la crise. Cependant, cette suspension n’est qu’un report. Une des conséquences de la crise est l’augmentation de la dette publique, qui va passer de 39% du PIB à 45% du PIB cette année. Cette augmentation de la dette est un des impacts majeurs de la crise du COVID sur le moyen et long terme.

Selon le rapport, le FMI a répondu très rapidement à la demande d’appui du gouvernement malien. « Il n’a fallu que 30 jours entre la demande de facilité de crédit de la part du gouvernement (31 mars 2020) et l’approbation par le Conseil du FMI d’un crédit de 200 millions de dollars au titre de la facilité de crédit rapide (30 avril 2020). Le FMI avait également approuvé un allégement de la dette de 6 mois à 25 pays à faible revenu (dont le Mali) le 13 avril 2020. Le suivi de la transparence et de l’opérationnalisation de la réponse est nécessaire. La rapidité et l’ampleur exceptionnelles de la réponse du FMI (équivalente à 5% du budget de l’État), ainsi que la levée des critères de convergence de l’UEMOA, vont bousculer l’approche traditionnelle pour garantir la transparence, la participation du public et le contrôle budgétaire. Les nouveaux résultats de l’Enquête sur le Budget Ouvert 2019 indiquent des problèmes persistants de transparence, de participation et de contrôle budgétaire au Mali. À la lumière de ces préoccupations, le gouvernement s’est engagé dans sa lettre d’intention au FMI à présenter trimestriellement un rapport sur les dépenses de ces fonds, à commander une vérification indépendante et rigoureuse de ces dépenses dans un an et à publier ses résultats », explique le rapport.

Youssouf Z KEITA

Pour Investir (Source : site des Nations Unies)  

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