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En absence de sources alternatives d’énergie: Des agriculteurs se font de l’argent en préservant les souches d’arbres

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Cela fait près de deux décennies que Drissa Bouaré vend du charbon à Bamako, la capitale du Mali, mais jamais il n’a eu autant de mal à trouver des approvisionnements que ces dernières années. Du fait des initiatives conduites par le Mali pour restaurer ses forêts, beaucoup d’agriculteurs gardent les arbres sur leurs terres plutôt que de les transformer en charbon de bois, dit-il. Ce qui en fait moins pour ses clients. «Bien sûr, la disparition à grande échelle des arbres dans les zones rurales me préoccupe », dit Bouaré. «Mais les gens n’ont pas accès à des sources alternatives d’énergie comme le gaz naturel et les fourneaux électriques».

 

Stopper la production et la vente de charbon entrainerait une réduction de revenus pour beaucoup d’agriculteurs. Mais un nombre croissant se tournent vers une méthode durable qui leur permet de faire croître des arbres sur leurs exploitations tout en les comme combustible.

Appelée “Régénération naturelle gérée par les Agriculteurs” (FMNR, sigle en anglais), la technique utilise les souches des arbres abattus et les racines dans le sol généralement brûlées ou déterrées pour faire place aux cultures. En cultivant ces parties de l’arbre et en gérant le moment de la coupe et le volume de branches à élaguer — au lieu d’abattre des arbres entiers — les agriculteurs gardent une source régulière de revenus, d’après les partisans de cette méthode.

Seydou Keita, un fermier de 53 ans à Kolokani, au sud-ouest du Mali, a adopté cette technique il y a sept ans, quand il est apparu clair qu’il ne pourrait pas gagner assez en cultivant du maïs ou du millet. Maintenant, il dispose de 380 jujubiers sauvages qui poussent parmi ses cultures céréalières sur ses quatre hectares de terre, qui lui rapportent chacun jusqu’à 5 000 francs ouest-africains (€7.73) par mois pendant la période de récolte.

 

Ce revenu supplémentaire signifie qu’il peut enfin embaucher des extras pour l’aider. « Je peux gagner bien plus d’argent avec les jujubes que je ne gagne avec les céréales de base», dit-il. «J’emploie un ouvrier agricole que je paie sans difficulté ».

 

PROPRIETAIRES DES ARBRES

 

Le bois de chauffage et le charbon de bois représentent environ 78% de l’utilisation d’énergie dans les foyers maliens, selon une étude de 2015 de la Banque africaine de Développement (BAD). Le ministre de l’environnement du pays a indiqué que l’abattage largement répandu des arbres comme source d’énergie, matériel de construction et autres destinations représente une perte de 100 000 hectares de forêts chaque année.

En juillet, le ministre de l’environnement Housseini Amion Guindo a déclaré à des reporters que des 32 millions d’hectares de forêts enregistrés par le gouvernement dans le pays en 2002, près de la moitié avaient disparus du fait de l’exploitation des forêts, de la sécheresse et de l’avancée du désert.  Mais pour beaucoup des agriculteurs maliens qui vendent du charbon de bois pour arrondir leurs fin de mois, préserver la forêt ne fait pas partie de leurs priorités.

En reconnaissant la nécessité d’une solution qui permettent aux agriculteurs de garder des arbres sur leurs terres tout en continuant à utiliser le bois comme combustible et pour la cuisine, l’agronome australien Tony Rinaudo a lancé la Régénération gérée par les agriculteurs au Niger au début des années 80.

Cela consiste notamment à laisser les pousses sortir des souches, ensuite à tailler les branches suivant les nécessités tout en laissant certaines croître. Rinaudo, au travail récompensé par le prix ‘‘Right Livelihood’’, connu comme étant le « Prix Nobel suédois alternatif », a travaillé au cours des cinq dernières années avec le groupe d’aide World Vision pour développer la technique au Mali, ainsi que vers d’autres zones de l’Afrique de l’Ouest.

Selon EzekielDembele, qui gère le projet World Vision pour la région de Kolokani, la technique est moins coûteuse que la méthode traditionnelle qui consiste à abattre les arbres, qui consiste notamment à acheter et à planter des graines et à maintenir dans une pépinière. « Tout cela prend du temps et coûte de l’argent et de l’énergie », dit-il.

La méthode FMNR aide également les agriculteurs à protéger les sources de revenus, explique Dembele, en procurant de l’ombre sur leurs récoltes vivrières, en ralentissant l’évaporation de l’eau du sol et y introduisant de l’azote nutritif. Et dans les pays où les agriculteurs disposent de titres de propriétés sur les arbres de leurs terres, FMNR leur donne aussi une incitation financière régulière pour protéger ces arbres, explique Rinaudo dans un mail.« Lorsque (les agriculteurs) sont assurés de bénéficier du fait de protéger et de faire croitre les arbres, ils seront les plus ardents défenseurs de ces arbres — contre l’abattage illégal et les feux de forêts », ajoute-t-il.

Rinaudo fait référence au Niger, où en 2004 le gouvernement a relâché son étau sur l’utilisation des ressources naturelles et commencé à donner à ses citoyens plus de droits sur le devenir des arbres présents sur leurs terres.  «Après s’être assurés des droits sur leurs arbres, on a vu de la terre sans arbres depuis des décennies reboisée presque du jour au lendemain », dit-il.

 Risques de sécheresse

En plus de World Vision, d’autres groupes – tels que l’organisme caritatif malien Sahel Eco et Blumont International, une organisation à but non lucratif basée aux Etats-Unis — promeuvent la technique à travers des projets d’adaptation au changement climatique dans d’autres parties du Sahel et d’Asie du Sud-Est. Au Niger, selon le site de World Vision, la méthode de Rinaudo a aidé à régénérer au moins 5 millions d’hectares de terres agricoles dégradées depuis qu’il a commencé à en faire la promotion.

Dembele, le gestionnaire du projet pour World Vision, indique que la technique a été mise en place par environ 41 000 agriculteurs pour les seuls districts maliens de Diema et Kolokani, couvrant une surface de 23 500 hectares.Tandis que ses supporters tiennent la méthode comme la réponse pour faire et utiliser du charbon de bois sans détruire les forêts, Dembele souligne qu’elle est tout aussi vulnérables que les autres techniques agricoles aux sécheresses liées au changement climatique.

Des périodes de sécheresse inhabituelles peuvent réduire temporairement le stock d’arbres des agriculteurs et les contraindre à reprendre leurs anciennes habitudes, a-t-il noté. « En effet, les années de sécheresse, beaucoup d’agriculteurs, particulièrement les plus pauvres, doivent couper des arbres pour survivre », dit Dembélé. Mais ces réserves d’arbres généralement repoussent une fois la pluie revenue, ajoute-t-il.

Paix locale

Dans certains endroits du Mali, les dirigeants religieux et les chefs de village embrassent la volonté de protéger des forêts à travers la technique FMNR, explique Dembelé à la Fondation Thomson Reuters.Ils tiennent les agriculteurs locaux pour responsables de garder au moins 80 arbres sur chaque hectare sur leur sol, le nombre minimum pour rester durable, explique-t-il.

A GoubaInna, un village au sud-ouest de Bamako, la technique a même permis de bâtir la paix entre les éleveurs et les agriculteurs qui traditionnellement se disputent pour les terres et les droits de pâturage, ajoute Dembelé.  Les deux groupes se sont engagés à protéger les arbres qui font partie du projet du village, en se mettant d’accord sur le fait que personne ne couperait ou laisserait les animaux se nourrir avec les jeunes pousses vertes, dit-il. Pour Rinaudo, la capacité de la méthode à réunir les différentes communautés pour préserver leurs forêts est l’un de ses plus grands succès.

www.investirmali.com

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