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lundi, 25 octobre 2021

Architecture au Mali:  » L’Etat reste le plus gros consommateur », selon le président de l’OAM

L’Ordre des architectes du Mali (OAM) a vu le jour le 1er mars 1989. A ce jour, il regroupe une centaine d’architectes, dont une quinzaine de femmes. La mission fondamentale de l’Ordre est de faire la promotion de l’architecture, assister l’Etat par rapport à toute activité ayant trait à ce domaine et veiller au respect de la déontologie par les acteurs. En termes de répartition, 98% des architectes sont installés à Bamako, et les 2% exercent à l’intérieur du Mali.

Contrairement aux autres ordres professionnels, la particularité de l’Ordre des architectes est qu’il y a des architectes agrées qui sont habilités à exercer à titre privé. Il y a aussi des architectes fonctionnaires au niveau des départements techniques de l’Etat. Ces architectes ont l’obligation de s’inscrire à l’Ordre. Enfin, il y a des architectes stagiaires ou salariés au niveau de l’Ordre. Comme toutes les autres professions, l’architecture malienne se développe et évolue en fonction de la réalité du terrain au service de la société malienne.

« Avant, pratiquement tous les cabinets d’architecture vivaient des marchés étatiques. Mais aujourd’hui, il y a un grand segment de marchés privés, même si le plus gros consommateur reste toujours l’Etat. Qui parle d’accès au marché parle de réglementation, notamment par rapport au marché public », signale le président de l’Ordre, Cheick Saadibou Moussa Kanté.

Par contre, il dénonce les réalités d’accès aux marchés publics qui sont un peu complexes en ce sens que ce sont des compétitions qui devraient être organisées. Mais souvent, regrette-t-il, ces compétitions sont mal organisées, notamment les problèmes d’appel d’offres, les concours d’architecture, les demandes de propositions et les règles du Code des marchés publics.

Concurrence déloyale !

Aux dires du président de l’OAM, les règles ne sont pas respectées très souvent et cela pose d’énormes soucis quant à l’accès aux marchés publics. A cela, il faut ajouter l’exercice illégal par des maçons, des techniciens et des Ingénieurs-Conseils qui se disent architectes. Avant, le secteur de l’architecture était régi par la loi n°0189. Mais en 2015, le secteur a bénéficié d’une directive de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA), sous l’impulsion de feu Soumaïla CISSE, qui était à la tête de la commission de cette organisation sous régionale. Cette directive a été prise afin d’harmoniser tous les textes qui régissent la profession d’architecte dans l’espace UEMOA. Cette directive communautaire, qui n’est toujours pas transposée au Mali, traite des problèmes actuels de la profession. La première loi qui date de 32 ans n’a toujours pas été modifiée, alors que la profession a connu beaucoup d’évolution. Le dossier est suivi au niveau du secrétariat général du Gouvernement et du ministère de tutelle.

Des fonctionnaires juges et parties

« Il y a un autre problème : les architectes fonctionnaires, qui sont des agents de l’Etat, et qui devraient être les juges. Ils font malheureusement aussi partie de nos concurrents. Je ne peux pas dire que c’est une concurrence déloyale parce que les textes le permettent, notamment les décrets qui régissent le permis de construire et les textes propres à ce service, leur permettent de faire cette mission. C’est un combat que nous sommes en train de mener parce que l’Etat ne doit pas accepter de créer les privés qui payent des impôts et cautionner que des fonctionnaires, qui sont payés par l’argent du contribuable, concourent injustement avec ces privés », fustige Cheick Saadibou Moussa KANTE.

Autre fait qu’il faudrait signaler, c’est la mauvaise répartition des architectes sur le territoire en ce sens que l’essentiel des architectes sont concentrés à Bamako du fait de la très forte demande des populations de la capitale. Ce souci a été tranché par la directive qui recommande la création des conseils régionaux pour couvrir l’ensemble du territoire.

Les acquis

S’agissant des acquis enregistrés par l’OAM, on peut retenir le rehaussement de son statut d’organisation à caractère d’utilité publique. Selon le président Kanté, avant, quand on parlait d’architecte, les gens pensaient qu’ils sont là pour leurs honoraires (les marchés). « On a essayé de prouver le contraire au niveau des services publics. Nous avons été présents dans beaucoup de rencontres et nous avons eu à faire des propositions. Les uns et les autres ont dit que l’Ordre a un rôle d’utilité publique au-delà de l’objectif des cabinets. Les gens confondent un cabinet d’architecte à l’Ordre des architectes. Les cabinets cherchent à se prospérer, mais l’Ordre, c’est tout autre. Cela fait partie des acquis », a-t-il expliqué.

L’équipe dirigeante de l’Ordre travaille d’arrache-pied sur d’autres chantiers, tels qu’au niveau du secteur du BTP, notamment la facilitation d’accès au permis de construire, le problème d’accès au marché, mais aussi sur la question de l’exemplarité des pratiquants du métier. « La discipline est une préoccupation majeure de l’Ordre qui n’hésite pas à traduire devant le conseil de discipline des cas d’indisciplines commises dans l’exercice de la fonction. L’Ordre qui n’est pas un syndicat veille au respect de la déontologie par ses membres et sur les intérêts de la profession, contrairement au syndicat qui veille sur les intérêts des membres de la profession », édifie le président de l’OAM.

Les perspectives

Elles sont nombreuses. L’OAM ambitionne de : occuper tout le territoire du Mali en vue de rapprocher davantage les populations des architectes. L’Ordre se bat aussi pour faire aboutir sa demande de recours obligatoire aux architectes pour tout projet de bâtiment. Il y a d’autres chantiers que l’OAM s’efforce de réaliser, à savoir le défi de la mobilité urbaine à l’intérieur des villes, l’accès à l’habitat et même le problème d’adaptation des bâtiments au réchauffement climatique. A ce titre, des commissions sont créés et elles vont proposer à l’Etat des solutions.

Parlant de sa vision du secteur de l’architecture au Mali, le président Kanté pense qu’elle est positive en ce sens que l’architecture conçoit l’Etat de ville. « Pour qui connaît Bamako, il y a vingt ans, la ville a changé. La première impression lorsqu’on arrive dans une ville, c’est l’architecte qui la donne. Et peu importe qu’on arrive par train, bateau ou avion. Les perspectives sont bonnes. Il suffit que les architectes soient professionnels et qu’ils soient capables de donner le meilleur d’eux-mêmes pour que les gens puissent nous faire confiance au maximum, pour que le secteur du BTP aille aussi loin », a indiqué Kanté.

S’agissant de l’assainissement du secteur, il a insisté sur la rigueur et le respect scrupuleux des textes. Pour lui, les textes sont élaborés pour être respectés, sans quoi ils n’ont pas de sens. En rassembleur, il dira que chacun doit se sentir important parce que, dit-il, le Mali a besoin de la pierre de chacun de ses fils. Les architectes ne vivent pas isolés. Ils collaborent avec d’autres acteurs tels que les ingénieurs de bâtiments. C’est ce qui justifie d’ailleurs la création d’un réseau qui sera une faitière des BTP. Ledit réseau regroupera les architectes, les urbanistes, les ingénieurs, les électriciens, les plombiers.

A en croire, le président de l’Ordre des architectes du Mali, le luxe est cher mais le confort n’est pas forcément cher. « Tant que l’on veut construire un bâtiment, on se doit de consulter un architecte. Le bâtiment c’est l’architecte, les architectes sont à leur service et ils peuvent donner ce dont vous avez besoin », a-t-il rassuré.

Sidiki Adma Dembelé

Source: Moniteur Africa

 
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