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jeudi, 22 avril 2021

Propos de M. Abdoul Kader KY, Directeur national de l’économie numérique : « Le rêve de faire du numérique, un grand pourvoyeur du Trésor public malien, est réalisable »

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Selon le Fonds monétaire international, la part de l’économie numérique est estimée entre 4,5 % et 15,5 % du PIB mondial qui a été estimé à 84 740 milliards de dollars américains en 2018. Mieux, les géants du numérique appelés GAFA, à eux seuls, auraient payé 43 millions d’Euros à la France en 2017 avec une prévision de 500 millions d’euros pour 2019. Mais  le Mali, un grand pays consommateur du numérique à travers les réseaux sociaux, peine toujours à tirer le minimum de profits économiques de l’utilisation des TICS. Comment et pourquoi ? Dans l’interview qui suit, le Directeur national de l’Economie numérique, Abdoul Kader KY explique les contraintes qui empêchent le Trésor public malien de profiter à haut de souhait de l’usage forte du numérique.  Selon lui, le Mali a tout à gagner du numérique afin d’être dans le concert des nations dites développées. « Il suffit tout simple de se donner les moyens de pouvoir capter et exploiter ces richesses pour renflouer les caisses de l’Etat », indique-t-il.  

Investir : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Abdoul Kader KY : Je me nomme Abdoul Kader KY, je suis ingénieur informaticien en Développement et Administration des Réseaux, actuellement Directeur national de l’Economie numérique et précédemment Chef du Centre de Documentation et Informatique du Commissariat au Développement institutionnel.

Monsieur le Directeur pouvez-vous expliquer le concept de l’Economie numérique. Pour dire clair, en quoi le numérique est économique ?

 Avant de vous parler du coté économique du numérique, je vais vous parler de la Direction nationale de l’Economie numérique dans ses missions et organisations.

La Direction nationale de l’Economie numérique est un service central suivant la typologie des services publics consacrée dans la Loi N°2014-049 du 19 septembre 2014 portant principes fondamentaux de la création, de l’organisation et du contrôle des services publics.

A l’article9 de cette loi, les services centraux ont pour mission : d’élaborer les éléments de la politique du département concernant leur domaine particulier de compétence et de veiller à en assurer l‘exécution ; d’assurer la coordination et le contrôle technique des services régionaux et subrégionaux, des services rattachés et le cas échéant, des organismes personnalisés placés sous la tutelle du département.

En plus des missions définies à l’article 9 ci-dessus, les directions générales, sous l’autorité du ministre, assurent également des missions de nature transversale et/ou de prestation directe aux usagers et peuvent recourir à des mesures d’incitation et de sanction justifiées par l’intérêt général.

A ce titre, elle est chargée, entre autres : d’élaborer les projets de textes législatifs et réglementaires relatifs aux secteurs des télécommunications, des TIC et des postes ; d’assurer la mise en place de l’Administration électronique ; de veiller à l’instauration de la confiance numérique ; de contribuer à la mise en place de la poste numérique ; de contribuer à la lutte contre la cybercriminalité ; de faire les études, le contrôle et le suivi des programmes et projets d’infrastructures et d’applications numériques; de coordonner, contrôler et suivre les activités du secteur numérique ; d’assurer la veille technologique et la fourniture des données statistiques sur le secteur numérique.

Pour revenir à la question concernant le concept de l’économie numérique, je dirai tout simplement que l’économie numérique peut être définie comme l’ensemble des activités économiques créatrices de valeurs et d’emplois et qui sont liées au numérique.

L’économie numérique c’est également l’ensemble des biens et services qui sont fournis ou échangés sur les réseaux électroniques et les technologies numériques.

Les contours de l’économie numérique sont flous pour la plupart des gens.

La littérature sur la définition de l’économie numérique est abondante et parfois controversée.

En premier lieu, il n’existe pas de définition communément admise de l’économie numérique.

En deuxième lieu, on ne dispose pas de statistiques fiables sur ses principales composantes et dimensions, particulièrement dans les pays en développement.

Cette nouvelle économie dite numérique est aujourd’hui au cœur de la croissance et de la compétitivité des nations et des entreprises à l’échelle planétaire.

Selon la définition que l’on retient, la taille de l’économie numérique est estimée entre 4,5 % et 15,5 % du PIB mondial qui a été estimé à 84 740 milliards de dollars américains en 2018 par le Fonds monétaire international. Voilà en quoi le numérique est économique !

 

Dans quelle situation se trouve actuellement le secteur numérique malien ?

 

Comme mentionné dans le document de Politique nationale de Développement de l’Economie numérique (PNDEN) adopté en conseil des ministres du 21 mai 2015 et approuvé par le Décret N°2016-0066/P-RM du 15 février 2016, la situation actuelle du numérique au Mali se caractérise par l’inadaptation de la politique nationale en matière de développement et d’utilisation rationnelle des TIC.

Il manque notamment un cadre structuré de concertation et une plateforme neutre d’harmonisation et d’arbitrage. Or, une mise en cohérence des initiatives multiples qui existent sur le terrain et la synergie nécessaire à établir pour leur mise en œuvre afin de permettre à tous les acteurs de contribuer au développement du secteur de façon efficiente dans un cadre de référence unique sont indispensables et nécessaires à l’essor du secteur.

C’est cela qui a d’ailleurs motivé que le document de Politique nationale de Développement de l’Economie numérique (PNDEN) inscrive la création de la Direction nationale de l’Economie numérique au niveau de son Axe stratégique 4 : Développement de l’Industrie locale du numérique dans son Initiative 1 qui parle de la nécessité d’adapter la gouvernance du secteur aux enjeux du numérique. La Direction nationale de l’Economie numérique a ainsi été créée dans ces conditions par la Loi N°2017-061 du 18 décembre 2017 avec les missions et attributions précédemment citées.

 

Quels sont les facteurs qui bloquent l’épanouissement de l’économie numérique au Mali ?

 

Je ne parlerai pas de blocage, mais d’insuffisance ou de faiblesses. En effet nous sommes dans un pays où l’autosuffisance et la couverture énergétiques sont de réelles menaces pour ce secteur.

Aussi, le taux d’alphabétisation nécessaire à l’exploitation efficiente des outils TIC, la faible disponibilité de ressources humaines compétentes pour supporter, entretenir et développer la révolution du secteur et la quasi inexistence de filières dédiées aux métiers du numérique pouvant produire à suffisance des ressources humaines compétentes font partie des handicaps.

Également, le cout d’utilisation des services du numériques et les conditions d’accès aux services et aux infrastructures sont souvent dissuasifs.

 

Qu’est ce qu’il faut pour propulser le Mali au même rang que les autres pays d’Afrique cités comme des exemples réussis ?

 

Il s’agira de réduire la fracture numérique par : le développement et le déploiement des infrastructures ; le développement et le déploiement des contenus adaptés ; la réduction des coûts d’accès aux services du numérique ; la fourniture énergétique suffisante nécessaire à l’exploitation des outils TIC ; la production des ressources humaines qualifiées ; la stimulation de la créativité et de l’innovation par le soutien aux startups et la promotion des métiers du numérique ; la mise en place les règlementations et l’organisation institutionnelle nécessaire à l’instauration de la confiance numérique, la sécurité et un cadre incitatif pour l’investissement dans le secteur du numérique ; l’accompagnement des plus hautes autorités pour la mise en œuvre des différents documents de politiques et stratégies du secteur ; la mobilisation des ressources financières et humaines nécessaires à la mise en œuvre du document de politique auprès des différents partenaires.

Il faut rétablir la confiance entre l’Administration et les usagers par l’amélioration des méthodes et procédures de gestions des affaires publiques en facilitant la transparence, l’accès à l’information et les services en ligne (dématérialisation des procédures ou administration zéro papier, l’e-gouvernance).

Les TIC sont un vecteur de développement et de croissance à travers la réduction du chômage, la création d’emploi et l’amélioration de la productivité induites par les métiers du numérique grâce aux soutiens des startup, l’incitation à l’investissement, et donc une plus-value pour le trésor public grâce aux richesses générées.

 

Concrètement qu’est ce que le Mali peut espérer tirer comme profits économiques du secteur du numérique ?

 

Comme stipulé dans le document de Politique nationale de Développement de l’Economie numérique, l’usage du numérique constitue un facteur essentiel pour l’émergence de la société et du savoir. Il contribue activement au développement humain, à l’amélioration de la cohésion sociale, au bien-être général et à la croissance de l’économie globale.

C’est pourquoi, tous les pays ayant eu le flair d’exploiter le potentiel des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sont à des années lumières en termes de développement et de croissance économique par rapport aux autres qui peinent à réellement appréhender les opportunités de développement et de croissance qu’offrent les TIC. On a tout à y gagner afin d’être dans le concert des nations dites développées. Je préfère ne pas tout dire ici.

 

Est-ce que les textes qui encadrent présentement le secteur de l’économie numérique sont propices aux investissements ?

 

La locomotive de l’économie numérique demeure inéluctablement le secteur privé.

La Direction nationale de l’Economie numérique vient d’être créée et n’a encore pas mis en place de façon exhaustive les textes permettant de régir le secteur de façon optimale.

Par ailleurs les questions d’investissement et d’amélioration du climat des affaires sont gérées par la CRTCA (Cellule Technique pour la Réforme du Climat des Affaires) et l’API (l’Agence pour la Promotion des Investissements au Mali) qui ont accompli des efforts fort appréciables en la matière et qui complètent les textes qui existent dans le secteur du numérique.

En effet, depuis 1982, les autorités maliennes ont opté pour l’initiative privée en vertu de laquelle elles ont engagé une politique de réformes macro-économiques dans le but de faire du secteur privé le moteur de la croissance économique. A cette fin, de nombreuses mesures de libéralisation économique et de promotion du secteur privé ont été prises.

Parmi les signaux forts de l’engagement du gouvernement, on peut citer entre autres : la mise en œuvre de l’un des codes des investissements les plus attractifs de la sous-région sub-saharienne ; la mise en place d’un cadre de concertation Etat-secteur privé et d’une politique d’appui à ce dernier ; la création d’outil institutionnel et juridique pour réfléchir et proposer des mesures de réforme pouvant rehausser le niveau des investissements tels que le mixte de suivi des Réformes Etat/Secteur Privé par le décret N°09-127/PM-RM du 25 mars 2009 (modifié par le Décret N°2011-142/PM-RM du 25 mars 2011 et relu le 25 février 2015 par le Décret N°2015-0117/PM-RM) ; la création de l’Agence nationale de Promotion des Investissements pour favoriser les investissements directs étrangers et nationaux dans le Pays ; la mise en œuvre d’une politique de développement des filières porteuses…

Malgré ces efforts, force est de reconnaître que le secteur privé reste toujours confronté à certaines difficultés qui font partis des perspectives de réformes dont certains sont déjà en cours.

 

Certains experts dans le domaine du numérique rêvent de faire du secteur numérique le troisième grand pourvoyeur de liquidité au Trésor public. Un tel rêve est-il permis ?

 

Nous ne sommes point des rêveurs et il n’y a point de rêves. Il y a juste des potentialités à exploiter et des opportunités à saisir et qui sont bien réelles à croire les chiffres que j’ai précédemment annoncés. Nous avons tout simplement la faculté de nous projeter dans le futur et de nous donner les moyens technologiques d’y parvenir, ce qui nous met souvent en déphasage avec certains de nos concitoyens qui peinent à comprendre les mutations et réformes profondes en cours dans la société.

Au Mali, il y a dix ans, qui connaissait WhatsApp et le transfert d’argent par orange money ? Il y a vingt ans qui connaissait Facebook et les téléphones à écran tactile ? Rêve ou réalité ?

De cette même manière l’économie numérique est bien réelle et s’imposera inexorablement comme modèle économique et apportera de la plus-value au trésor national grâce à la création d’emplois et aux richesses générées. Il suffit tout simple de se donner les moyens de pouvoir capter et exploiter ces richesses pour renflouer les caisses de l’Etat. Les géants du numérique appelés GAFA, à eux seuls, auraient payé 43 millions d’Euros à la France en 2017 avec une prévision de 500 millions d’euros pour 2019. Alors le rêve de faire du numérique, un grand pourvoyeur du Trésor public malien, est réalisable.

 

Comment vous voyez l’avenir du numérique au Mali ?

 

Un avenir très radieux et plein d’espoirs et de perspectives. Je reste confiant et indéfiniment engager à réduire la fracture numérique pour pouvoir tirer le meilleur profit des potentialités qu’offrent les outils TIC pour un Mali émergeant !

Réalisée par Youssouf Z KEITA

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